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2 oct. 2018

Crépuscule d'automne


Ambroisine Foloi vient de la campagne. De ces cambrouses particulièrement profondes qui donnent à ses habitants une curieuse façon de parler : avares de mots comme si la causerie n'était qu'une satanée perte de temps.

"C'que jn'ai ren à dire v'savez."

Dans la famille d'Ambroisine, on a bien souvent mieux à faire que de s'attabler pour discuter de tout et rien. Cette activité est réservée aux vieux, dont les mains tordues et frémissantes ne peuvent plus guère tenir solidement l'outil qui travaille la terre. Les vieux et les petiots qui écoutent avec une curiosité enfantine ce que l'aïeule raconte de sa jeunesse aujourd'hui fanée. Il arrive parfois que l'père ou la mère se mettent sourdement à gronder la vieillesse de farcir ainsi les jeunes têtes d'histoires et de contes stupides. C'est que dans ce monde là, on aime guère les choses qui ne sont pas utiles.

Pourtant, l'Ambroisine a souvent écouté sa mémé. Trop peut-être, de ce que certains en ont dit. Ambroisine est différente des jeunes filles de son pays ; sa mère-grand lui a apprit à mieux espérer de la vie, probablement sans s'en rendre compte elle-même d'ailleurs. Jeune femme encore un peu fillette, dégingandée comme le sont les adolescents piégés entre l'enfance et la maturité, Mademoiselle Foloi a le goût de l'indépendance. Autonome dans sa minuscule herboristerie ouverte en ville par ses propres moyens, Ambroisine prend le soin méticuleux de montrer à ceux qui l'entourent qu'elle n'a besoin de personne pour gérer ses petites affaires ; sociable mais pourtant non moins discrète, son nez se fronce de colère quand un malheureux lui fait l'affront de la mal juger ou pire, de la traiter en petite fille. Il ne faudrait pourtant pas croire que sa conquête est si facile ; les cœurs dont la nature a exigé qu'ils livrent bataille pour l'accès à la liberté sont les plus difficiles à convaincre de notre bonne foi.

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